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La justice convoque un télépilote amateur

par
Drone Nancy

Tout le monde a désormais entendu parler de l'affaire du drone de Nancy, tout le monde relaie cette information sans en connaître les tenants et les aboutissants et beaucoup racontent n'importe quoi, prenant fait et cause pour l'intéressé.

Voici notre point de vue, celui de professionnels avec quelques explications pragmatiques.

Cette affaire a fait le tour des médias, pour rappel, un jeune homme a survolé la ville de Nancy avec son drone, réalisant des images souvent qualifiées de « stupéfiantes » de la place Stanislas.

La qualité des images

Remettons déjà les choses à leur place, la qualité des images est très moyenne, elles sont réalisées avec une GoPro mal réglée et un effet fisheye prononcé. J'entends déjà les commentaires, vous êtes jaloux... C'est un amateur etc.

Sauf que ce n'est pas un amateur comme beaucoup le suggèrent et nous allons y revenir plus tard. Les images sont effectivement stupéfiantes, mais de bêtise, et tout le monde est impressionné parce qu'effectivement elles sont rares : il est totalement inconscient et interdit de réaliser de telles images, pas étonnant donc qu'elles marquent les esprits.

Pourquoi il y a mise en danger de la vie d'autrui

La qualification de l'affaire par la justice n'a rien de surprenant. Comme vous pouvez le constater sur la miniature de l'article, ce jeune homme a atteint des hauteurs importantes avec une toute petite machine, non homologuées, un drone DJI Phantom.

Cette machine est réputée peu fiable (il y a de nombreux exemples de pertes de contrôle sur le net), elle est petite et on la distingue très mal à une telle hauteur et il aurait été incapable d'en reprendre le contrôle en cas de problème.

Crash d'un drone Phantom à New York, en plein Manathan

Un crash s'est produit en plein New York avec exactement le même appareil, tombant à quelques centimètres d'un passant. Le journal télévisé de France 2 du 14 février 2014 est un des seuls à en avoir parlé, à avoir fait un sujet équilibré et à avoir fait le lien avec cette affaire.

Il ne vous échappe pas qu'il est en plein centre ville, qu'il survole beaucoup de monde à de nombreuses reprises et que 1,5 kg qui tombent d'une hauteur de 150 mètres peuvent causer de graves dégâts sur la tête d'un passant, notamment s'il s'agit de jeunes enfants.

D'autre part, à une telle hauteur, la dérive de l'aéronef peut être importante et il est strictement impossible avec ce matériel d'anticiper un éventuel point de chute.

Le risque est donc bien réel et une personne de bon sens ne peut le nier. Il est évidemment moins important qu'avec une machine de 10 kg (interdites en ville), mais ce n'est pas une raison pour faire n'importe quoi. Voilà pour le volet mise en danger, mais une telle vidéo pose-t-elle d'autres problèmes ?

La distorsion dans l'esprit du public

Diffuser ce genre de vidéos, impressionnantes il est vrai par la prise de risque, suscite des vocations et c'est un gros problème, croissant avec le nombre de vues. C'est une des raisons qui explique l'ampleur prise par cette affaire et qui va pousser la justice a faire un exemple, tout en restant dans l'application mesurée du cadre légal.

Si rien n'est fait, demain, les propriétaires de ces appareils seront de plus en plus nombreux à vouloir répéter l'exploit, et il finira par arriver l'inéluctable : un accident grave.

Les blessures sur les personnes au sol ne sont pas le seul danger, il y a également un risque évident et rarement évoqué : certains n'hésitent pas à dépasser la limite de 150 mètres (500 pieds) de hauteur sol, propulsant leurs engins dans l'espace aérien réservé aux vols grandeur (avions, hélicoptères...).

La majorité de ces pilotes du dimanche ignorent également le découpage de l'espace aérien et ils sont incapables de lire une carte aéronautique ou ignorent même leur existence, au risque de voler dans des zones de vol tactique militaire par exemple, ou dans les couloirs d'aéroports.

Pas besoin de sortir de St Cyr pour imaginer les conséquences de collisions avec un alphajet par exemple.

Autrement dit, le danger n'existe pas qu'en ville, même s'il est le plus évident aux yeux des novices.

La défense de l'accusé qui n'est pas un amateur

Ce jeune homme plaide bien entendu la bonne foi, expliquant qu'il ne connaissait pas la réglementation et que son constructeur / vendeur aurait du l'en informer. Et là, il commet une erreur dont personne ne parle, mais qui va probablement constituer une circonstance aggravante, car il n'ignorait bien entendu absolument pas la réglementation.

Ce jeune homme n'est pas un amateur mais un professionnel !

Location de drone à Nancy
Location de drones non homologués, par personne non autorisée

Le mis en cause dans l'affaire de Nancy est aussi le co-fondateur (même s'il n'est pas le gérant officiel, il se présente comme tel) de la société Golox qui louait des GoPro (il aurait donc du savoir les régler pour revenir aux images époustouflantes). Mais comme vous pouvez le constater sur cette capture d'écran issue de Google, il ne se contentait pas de louer des GoPro mais également des drones, qui étaient proposés clairement sur son site.

Location de drones non homologués
Se présente comme le leader de la location de drone civil !

Or, il louait sans autorisation des machines de type drone Phantom pas homologuées (ni homologables de série) à des personnes qui n'avaient pas non plus les autorisations pour les utiliser. Après sa convocation, il a immédiatement retiré les pages incriminées de son site, parfaitement conscient que ce qu'il faisait était illégal. Sauf qu'évidemment, avec Google et les Web archives, les pages n'ont pas disparues.

Certains médias vont jusqu'à affirmer (mise à jour du 15/02/14 à 15h35, voir détail en commentaires) :

Location illégale de drones
Ils pensaient rendre service en vantant les mérites de cette société

Ce jeune inconscient n'était donc pas un amateur qui ignorait la loi, mais un professionnel déguisé qui a le mauvais goût de vouloir renvoyer la faute sur le fabricant et le revendeur pour se dédouaner de sa responsabilité. Les intéressés apprécieront sans doute, même s'il est évident qu'il y a un problème de ce côté là (absence de notices en français, de rares rappels de la réglementation... Le commerce avant tout).

Mise à jour du 16/02/2014

Un internaute vient de déterrer cet échange sur twitter, c'est le comble de la mauvaise foi. D'autant plus que la vidéo aurait été initialement postée sur Vimeo entre le 27 et le 30 janvier d'après Helicomicro qui n'est pas du genre à raconter des sornettes.

Affaire drone Nancy DGAC
Notre lycéen connaissait l'existence de la réglementation et des procédures d'homologation

Voir les détails des explications en commentaires

S'il est vrai qu'il est mis en cause en tant que personne physique et que sa société n'est pas citée dans cette affaire, ses activités professionnelles, ses interventions sur le net auprès de la DGAC et la destination de son film publicitaire (signé Golox) démontrent sans ambiguïté son statut de « sachant ».

Mise à jour du 12/11/2014

Voici une interview de l'intéressé au journal télévisé de France 2 du 11 novembre 2014 à 20h00. A partir de 2'50, écoutez le expliquer qu'il n'y avait aucune information dans la notice de l'appareil (sic). Lorsqu'on s'affiche sur le net comme le leader de la location de GoPro et de drones civils (cf captures d'écran précédentes), l'argument est plutôt incongru #SiMignon

Il est regrettable que les journalistes ne prennent pas la peine de vérifier leurs informations avant de les diffuser.

A-t-il tourné ces images pour le plaisir ?

Contrairement à ce qu'il prétend, ce jeune homme n'a pas tourné cette vidéo pour le plaisir mais pour faire le buzz et de la publicité pour son entreprise de location de GoPro ET de drones (sic).

Publicité avec la vidéo de Nancy
Signature de la vidéo du drone de Nancy

Comme vous le constatez sur cette capture d'écran prise à la fin de la vidéo de Nancy, le "lycéen" comme aiment à l'appeler les médias n'a pas signé ce film de son nom, mais avec celui de sa société, ce qui en fait un professionnel.

Il n'a pas non plus tourné innocemment cette vidéo pour son plaisir, mais à des fins publicitaires, à moins qu'il ait une autre explication, mais je ne vois pas laquelle.

On ne va pas se faire l'avocat du diable, mais il était nécessaire d'apporter quelques éclaircissements sur certains faits qui sont occultés par la majorité de ceux qui commentent cette affaire.

En quoi cette vidéo de Nancy dérange-t-elle les professionnels ?

Allez-y, faites vous plaisir : jalousie, aigris, terrorisés par la concurrence etc. Ça soulagera sans doute les plus virulents défenseurs des « libertés individuelles » (jusqu'à ce que ce soit leur enfant qui prenne sur la tête un de ces appareils). Vous pouvez toujours maudire les professionnels, mais ce n'est pas le problème et ça ne réglera rien.

Nous ne sommes pas des justiciers, nous n'avons pas vocation à nous porter partie civile ou à vouloir assurer la sécurité du public (sauf lors de nos prestations) et ce que font les autres ne nous concerne pas... Jusqu'à un certain point.

Les vidéos comme celle de Nancy font énormément de tort à notre profession, mais ce n'est pas un problème de concurrence ou de jalousie :

  • Ces vidéos suscitent des vocations et au premier accident sérieux, que le responsable soit amateur ou professionnel, nous risquons de tous nous retrouver cloués au sol pour une durée indéterminée, ce qui pourrait signifier dépôt de bilan (n'oubliez pas que certains des lecteurs de cet article ont peut-être brûlé des pneus lors de leur licenciement) ;
  • Ces vidéos engendrent une distorsion dans l'esprit des clients qui ne comprennent pas que l'on refuse de faire la même chose et que l'on refuse de survoler des personnes (ce que font certains pros j'en conviens, mais ça ne va pas durer). Les clients exigent ensuite la même chose de nous (un gamin l'a fait et vous n'osez pas ? Vous n'avez donc pas de cojones ? Tant pis, nous trouverons quelqu'un d'autre) ;
  • Ces vidéos tournées de manière sauvage ignorent toutes les règles de sécurité et nous passons ensuite pour des ayatollahs sur les tournages lorsque nous tentons d'imposer certaines règles de sécurité.

Nous sommes en permanence entre le marteau et l'enclume, sur le fil du rasoir et il est normal que les règles soient les mêmes pour tous.

Pour ceux qui ne connaissent pas du tout l'activité, sachez que pour réaliser une telle vidéo, un professionnel (y compris avec une machine de moins de 2 kg) aurait dû demander un arrêté d'interdiction de circulation dans le centre ville (notamment sur la place Stanislas) avec déploiement des forces de police au sol pour contrôler les accès.

La zone réglementaire au sol qui doit être déserte sous un drone, quelle que soit sa position, est matérialisée au sol par un cercle de rayon 30 mètres qui se déplace avec le drone, soit environ 2 827 mètres carrés !

Voici un article qui explique les conditions de sécurité sur les tournages, vous comprendrez peut-être pourquoi les professionnels ne sont pas favorables à des vidéos comme celle de Nancy : il y avait jusqu'alors 2 poids 2 mesures, c'est peut être en train de changer.

Qu'espérons nous de cette affaire

Nous sommes évidemment humains et le jeune âge du prévenu constituera sans doute une circonstance atténuante (face à des circonstances aggravantes tout de même car il est tout sauf un amateur), d'autant plus que ce n'est pas un délinquant mais un jeune entrepreneur.

Sans doute que le tribunal ne va pas le laisser démarrer dans la vie avec une peine de prison et une amende qui hypothéqueraient toutes ses chances pour l'avenir, et il devrait à ce titre bénéficier d'une certaine clémence, même s'il ne sera pas relaxé.

Nous espérons simplement que cette affaire aura le mérite de faire réfléchir tout un chacun sur les conséquences de ses actes. N'oubliez pas que cette affaire intervient alors qu'il n'y a pas encore eu d'accident sérieux.

Imaginez l'ampleur que pourrait prendre un accident grave, qui peut tout aussi bien arriver à un pilote amateur (qui n'a rien à faire hors d'un terrain privé) ou à un professionnel, personne n'est à l'abri, même pas nous qui écrivons cet article. Voici les conséquences du crash d'un drone d'environ 6 kg.

La différence, c'est que nous sommes conscients des dangers et des limites de nos machines, et qu'à ce titre nous prenons toutes les précautions possibles pour éviter qu'un accident ne se produise, sans garantie que ça n'arrivera jamais (tout comme les accidents d'avions de ligne ou d'hélicoptères).

Nous avions écrit un article qui proposait de régulariser le statut des télépilotes amateurs, avec une petite formation obligatoire comme pour les scooters, afin d'éviter que ce genre de situation ne se produise. Quand on lit les réactions en commentaire, on comprend que tout le monde n'est pas de bonne foi, ni disposé à prendre la mesure du problème, ni à respecter un minimum de règles dans l'intérêt général, ni à se soucier de la sécurité.

C'est dommage, mais une telle proposition (discutable sur les modalités) aurait eu le mérite de clarifier la situation.

Je préfère être clair, les commentaires agressifs, insultants ou disproportionnés seront supprimés sans préavis, nous n'allons pas retomber dans les travers de l'article sur la formation des pilotes.